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Title: Préface

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En 2012, je suis allé au [Boom](https://www.boomfestival.org/), un festival Portugais de musique électronique psychédélique semblable au très connu (ref: burning-man text: Burning Man).  Loin d’être un simple évènement purement festif, j’ai passé deux semaines dans une zone de vie expérimentale, écologique, utopique et quasi autonome où j’ai été agréablement bouleversé par un choc socioculturel assez remarquable. On peut participer à des sessions de médecine alternative (chants, yoga, etc.), débattre lors de conférences, apprendre dans des workshops, etc. Ce type d’évènements attire un public très diversifié venant du monde entier parmi lesquels on est nombreux à être d’accord avec l’idée qu’on vit dans un monde irresponsable et fragile, et on réfléchit à de possibles solutions. Je continue à fréquenter régulièrement ces lieux utopiques qui se produisent localement à une plus petite échelle et de manière marginale. Je participe par exemple au développement de cette culture en organisant des évènements avec l’association (ref: karma-kusala text: Karma Kusala), active sur Montpellier, Nimes et Toulouse et l’association (ref: a-d-n text: A.D.N.), présente sur les régions d’Amiens et Grenoble.

Toujours propulsé par le fait que nous vivons dans un monde malade, la dette héritée de nos ancêtres récents, cette activité/pratique personnelle m’a ensuite emmené à découvrir d’autres mouvements en lien avec cette éthique. Cela m’a naturellement emmené à la théorie de l’(ref: definition-anthropocene text: Anthropocène), en pleine effervescence, qui marque notre entrée dans une période « qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. » [Wikipédia] Cela soulève énormément de questionnements que je ne détaillerai pas, mais que j’ai placés dans un contexte plus large et actuel. Ainsi, j’ai trouvé des liens avec divers mouvements artistiques et philosophiques comme l’altermondialisme, le chamanisme (moderne ou pas), la cybernétique, etc. D’un point de vue pratique, certains problèmes soulevés trouvent même déjà des solutions, notamment sur internet et avec l’aide de l’outil numérique : l’open source, le p2p, le crowd-funding, fablabs, hacker spaces, Wikipédia, cryptomonnaies, etc., mais elles restent malheureusement encore très marginales pour la plupart.

Je retiens de ces recherches que nous sommes dans un contexte de mondialisation dominé par une politique fragile, aveugle, ignorante, et irresponsable dans laquelle émergent cependant de plus en plus d’initiatives et alternatives ayant conscience des enjeux anthropocènes. De nombreux écologistes et activistes sont d’ailleurs d’accord sur le fait qu’il faut un changement global et immédiat pour remédier à la situation. Cela implique, selon moi, un changement de mentalité globale pour être effectif. Puisque l’art contemporain est nécessairement confronté à la réalité actuelle et souvent critique, l’artiste pourra jouer rôle majeur dans le contexte sociopolitique mondial actuel pour introduire ce changement et sensibiliser à un mode de vie plus responsable.

D’autre part, je remarque que la question de la Nature, sous sa forme organique, revient quasi systématiquement comme une sorte de solution universelle aux problèmes soulevés par l’Anthropocène. C’est une question qui devient majeure dans cette période de crise profonde. Cela dit, même si elle constitue notre environnement viral, on ne la connaît que très peu, surtout quand on s’intéresse à sa complexité intégrale. La Nature, organique, autonome et constante, évolue différemment à chaque moment en fonction de son contexte. Elle est plus grande que nous l’imaginons et pourtant elle nous surprend encore chaque jour, comme tout autant nous l’ignorons et la dénigrons quotidiennement. De par son ancienneté et complexité, je pense donc qu’il est important de mieux la connaître, d’autant plus que sa richesse ne fait qu’alimenter mes inspirations artistiques. En tant qu’artiste, c’est ce qui me motive à intégrer cet élément dans mon travail dans le but qu’on lui accorde un peu plus d’attention et de respect.

Par ailleurs, le numérique fait aujourd’hui intégralement partie de notre quotidien. Smartphones, ordinateurs personnels, montres, équipements connectés, voitures, robots, supercalculateurs, etc., les systèmes informationnels trouvent de nombreuses applications. Devenu beaucoup plus abordable et accessible, le numérique existe dans tous les formats et intègre aujourd’hui intégralement notre environnement. C’est un outil puissant, complexe et abordable qui convient à de nombreux usages. Sur le plan artistique, l’art numérique pourrait jouer un rôle majeur dans l’histoire Anthropocène s’il arrive à correctement appréhender la question de la Nature. Ce n’est pas anodin si autant d’artistes se sont emparés de cet outil révolutionnaire.

Les technologies numériques se fondent aujourd’hui sur des capacités d’auto-organisation empruntées à la Nature, constituant un système informationnel plus vaste et complexe permettant aux artistes de créer des œuvres qui se fondent sur une réalité biologique. Je m’intéresse plus particulièrement à la façon dont les artistes s’emparent de l’outil numérique pour aborder la question de la Nature, sous sa forme organique, comme force créatrice et source d’énergie artistique. Grandement intrigué par les possibilités qu’offre l’écriture numérique aujourd’hui à la création artistique, j’explore à travers cet écrit la nature organique de l’art numérique pour tisser un lien entre le monde virtuel et le réel.

Le numérique organique est un titre assez contradictoire. Le numérique est une création purement humaine : il est artificiel alors que l’organique caractérise le vivant. Cet écrit commence par une brève introduction théorique à l’outil numérique avant de m’intéresser davantage à la façon dont il permet aux artistes de retranscrire la réalité. Je poursuis ensuite ma réflexion en analysant ce que devient cette réalité une fois insérée dans ce monde composé de chiffres pour enfin m’intéresser à la question de la pratique artistique face à cette complexité organique.

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